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mardi 9 août 2022
 
 
 
Presse Ecrite

Nommé et pas élu, consultatif et sans aucun pouvoir décisionnel, donc sans assise populaire à le Corcas suscite d'importantes controverses. Faut-il lui accorder un préjuge favorable en dépit de ses limites institutionnelles ?  La réponse ne peut être apportée aujourd'hui car, comme le reconnaît son président, le Corcas ne connaît pas encore les contours de sa mission. Cela dépendra du roi et de sa seule décision.



Les arguments des contestataires ne manquent pas d'intérêt. Selon le professeur Riyad Fakhri, juriste à la Faculté de droit de Settat, originaire de la tribu sahraouie Aït Lahcen, il y a une sous représentation globale au niveau de la composition du Corcas. Elle concerne les cadres sahraouis formés au Maroc, ceux qui étaient parmi le Polisario et qui ont rejoint le Maroc chargés d'idées et de projets et, enfin, ceux qui étaient installés en Europe. «Ces derniers, poursuit R.Fakhri, peuvent jouer un rôle prégnant pour faire face ـ la propagande du Polisario en Europe ». Selon d'autres observateurs, le Corcas peut réaliser une rupture avec le passé, si ses membres, notamment au niveau de la présidence, font preuve d'ouverture et d'imagination. La première épreuve de taille aura lieu avec la proposition d'autonomie. 


Le Journal hebdomadaire: Il y a des contestations, aussi bien au sein du Corcas qu'à l'extérieur sur le fait que sa composition ne respecte pas l'équilibre tribal du Sahara occidental…
Khalihenna Ould Er-Rachid: Je vais vous répondre très honnêtement. Le Corcas n'est pas un organe élu. C'est un organe dont les membres sont nommés par Sa Majesté. Donc, il ne peut y avoir de contestation lorsqu'un organe est nommé. Par contre, la composition du Corcas a respecté les équilibres tribaux puisque toutes les tribus y sont représentées.

JH: Oui, mais de manière inégalitaire et injuste
KOE:
Non, c'est proportionnel ـ leur importance. Et c'est tout ـ fait normal. La composition est basée essentiellement sur des collèges, une espèce de cooptation : il y a le collège des élus, des députés et des Conseillers, des présidents de conseils provinciaux, des présidents des chambres de commerce, etc. Il y a aussi le collège des Chioukhs, le collège des femmes, avec 10 %, le collège des jeunes et, enfin, celui de la société civile.

JH: Le ministre de la Communication a dit que, de toute façon, les adhésions à ce Conseil peuvent se poursuivre et que la liste des membres n'est pas encore définitivement arrêtée ?
KOE:
Oui à c'est possible.

JH: A l'intérieur du Corcas, lors des premières réunions, certaines voix se sont élevées contre ce qu'elles appellent  les gens du nord, qui ne connaîtraient pas le dossier du Sahara et qui voudraient imposer leur vision au Conseil ?
KOE:
C'est faux. Il n'y a eu aucune discussion de ce genre. Je suis vraiment surpris qu'on parle de telles choses. Je peux vous assurer que c'est faux.

JH: A part le statut du Conseil, quelles sont concrètement les priorités sur lesquelles vous allez vous pencher ?
KOE:
Nous sommes déjà en train de travailler sur les objectifs que Sa Majesté a définis avec clarté.

JH: Quelles sont maintenant les priorités ?
KOE:
Il y en a trois. Primo, aider Sa Majesté à préserver l'intégrité nationale. Secundo, aider Sa Majesté a préservé l'unité nationale. Tertio, engager des actions efficaces pour le développement économique et social.

JH: Oui, mais ce que vous dites est trop général. Qu'allez-vous faire, par exemple, pour réconcilier les Sahraouis avec l'Etat marocain ?
KOE: Convaincre les Sahraouis qui sont à l'extérieur et ceux qui sont à l'intérieur et absorber tous les déficits politiques, économiques et sociaux qui ont provoqué ces problèmes.

JH: Vous êtes à la tête d'un Conseil consultatif qui se veut, selon le roi lui-même, une  force de proposition. Qu'allez-vous proposer, concrètement, concernant le principe d'autonomie ?
KOE: Tout cela sera discuté lors de la réunion du Conseil, lorsque la question de l'autonomie lui sera soumise.

JH: Mais comment les choses vont-elles se dérouler ? Est-ce le roi qui va vous soumettre un plan préliminaire, une sorte de plate-forme, ou bien le Conseil va-t-il élaborer un document et il proposera sa vision de l'autonomie ?
KOE: Je ne peux pas vous dire si Sa Majesté va nous soumettre un projet d'autonomie pour nous demander une consultation. Je ne connais pas encore la manière dont la consultation va se faire. Tout cela dépend de Sa Majesté. Est-ce que c'est un projet ? Est-ce que c'est une question ? Est-ce que c'est une demande ? Franchement, je ne sais pas encore comment les choses vont se dérouler.

JH: Vous avez une idée sur le projet d'autonomie ?
KOE:
Oui, j'ai des idées en tête mais je ne peux pas les dire maintenant.

JH: Le Sahara occidental connaît des événements assez graves. Il y a une jeunesse qui vit une situation sociale difficile et qui bascule dans le camp du Polisario. Qu'allez-vous proposer pour faire face à ce problème ?
KOE: Je ne suis pas d'accord avec votre analyse sur les problèmes sociaux qui seraient la cause du malaise. Le basculement vers le Polisario est dans  un vide politique total. Quand on les voit brandir le drapeau du Polisario, cela veut dire qu'ils sont de l'autre cotés, c'est clair. Il faut dire les choses telles qu'elles sont. Ils sont déjà pro-Polisario, disons-le. Pourquoi ? Parce qu'il y a un vide, tout simplement. D'où l'importance de la visite de Sa Majesté. Le souverain a dit : la récréation est terminée. Je vais donner l'autonomie et résoudre le problème du Sahara. Je vais responsabiliser les Sahraouis a travers la création d'un Conseil des affaires sahariennes à

JH: Mais ce Conseil souffre d'un problème de légitimité. Il n'est pas élu, mais nommé ?
KOE: La nomination est une prérogative régalienne et fondamentale du chef de l'Etat. Sa Majesté peut nommer, à n'importe quel moment les Organes ou les Conseils qu'il croit utiles pour une phase déterminée. Ce Conseil royal n'est pas l'autonomie.

JH: Qui a proposé les noms ?
KOE: Je respecte votre curiosité mais ce n'est pas cela le plus important

JH: Quelle forme prendra, selon vous, l'autonomie au Sahara occidental ?
KOE: L'autonomie n'est pas une forme d'Etat mais une forme de gestion politique et administrative. Nous allons donc rester le royaume du Maroc, et le Sahara sera géré d'une manière politique, économique, sociale et culturelle autonome.

JH: C'est trés général. Cela veut-il dire que le Sahara aura son Parlement, son gouvernement, sa police ?
KOE:
Exactement.

JH: Et la justice ?
KOE:
Quelle que soit l'option adoptée, la justice sera toujours rendue au nom de Sa Majesté qui est le Commandeur des croyants

JH: Vous allez vous inspirer de quel pays ?
KOE: Essentiellement l'Espagne.

JH: On a dit que le projet est déjà élaboré !
KOE: On dit beaucoup de choses. De toute manière, le projet ne sera pas soumis aux Nations Unies fin avril. Et c'est normal. Le Corcas vient d'être mis en place, la consultation des partis vient à peine de s'achever.

JH: Est-ce que vous allez puiser dans le projet Baker ?
KOE:
Nous allons puiser en fonction des intérêts du Maroc, indépendamment de ce qu'a fait Baker ou de ce que disent d'autres pays.

JH: Et concernant le Polisario ?
KOE: Le Polisario est une organisation politique et militaire. Ce sont des Sahraouis. Nous nous sommes déjà adressés à eux, nous le faisons notamment à travers vous ... Le projet est adressé à l'ensemble des Sahraouis, en Mauritanie, en Algérie, en Espagne ou ailleurs.

JH: Concrètement, quels types de relais avez-vous avec le Polisario ?
KOE: Ce sont nos cousins, nos familles, nos amis.

JH: J'ai dit concrétement…
KOE:
Le Polisario c'est notre famille. Nous avons des oncles, des frères, des nièces, des tantes, etc. Le père de Mohamed Abdelaziz est membre du Corcas voyez-vous.

JH: Je veux parler de la direction du Polisario
KOE: Ce projet (l'autonomie : ndlr) est adressé aux Sahraouis. Il n'est pas adressé à une organisation particulière, ou à une association en particulier, ou à une tribu en particulier mais à l'ensemble des Sahraouis. C'est leur avenir, leur futur.

JH: Que dites-vous à l'Algérie ?
KOE: Nous nous adressons à l'Algérie en espérant qu'elle nous aidera à résoudre ce problème.

JH: Mais les Algériens rejettent tout projet d'autonomie. Ils sont pour le référendum...
KOE: Peut-être parce que le projet d'autonomie n'était pas encore concret et réel.

JH: Vous dites que le malaise qui règne au Sahara occidental est dû à un vide politique. Vous reconnaissez donc l'échec de la politique marocaine dans la région…
KOE:
Je ne suis pas aussi catégorique que vous. J'ai dit qu'il y a un moment où il faut être clair et précis. Et ce moment était le 25 mars 2006, lorsque Sa Majesté a fait son discours à Laâyoune.

JH: Et la politique répressive menée par l'Etat marocain depuis 1975 contre la population sahraouie ? Ne pensez-vous pas qu'elle a favorisé ce climat de tension au Sahara occidental ?
KOE: Mettons-nous d'accord. Il y a eu des phases dans l'affaire du Sahara. La première phase, entre 1956 et 1975, a eu pour conséquence la création du Polisario. Pourquoi des étudiants, qui ont été à l'université Mohammed V de Rabat, ont-ils créé un mouvement séparatiste ? En revanche, pourquoi nous, les autres Sahraouis qui avons été en Espagne, qui n'avions jamais connu le Maroc, nous avons fait le mouvement inverse ? Ce sont les questions qu'il faut se poser. La deuxième phase, entre 1975 et 1992, c'est la guerre.

JH: C'est aussi la répression, les disparitions, les tortures, les victimes...
KOE: Non, non à c'est la guerre, ce sont des conditions de guerre. Si vous ne prenez pas en considération la dureté de la guerre, les batailles, comment les choses se sont déroulées, les grands armements qui ont été mis en oeuvre, vous ne pourrez pas comprendre tous les enjeux. On ne peut pas isoler le côté tension politique, répression, disparitions, etc. du côté guerre la Troisième phase, ـ partir de 1991, et le cessez-le-feu. Il y a eu un relâchement énorme. Et c'est cela qui a créé la problématique actuelle. C'est le résultat de 15 années de vide politique, directionnel, dans tous les sens.

JH: Qui en assume la responsabilité?
KOE: Je n'en sais rien. C'est un magma qui a favorisé les événements récents, et un certain manque de confiance. Je veux rendre hommage à l'initiative de Sa Majesté qui vient de tourner la page.

JH: Ne pensez-vous pas qu'elle est venue un peu tard, cette initiative ?
KOE:
Il n'est jamais trop tard pour bien faire.

JH: On dit que vous aviez des rapports assez particuliers avec Driss Basri. Quel type de rapports ?
KOE: Je ne comprends pas ce que vous voulez dire par « rapports particuliers»

JH: On dit que c'est Basri qui vous a poussé et  a aidé à avoir des postes ministériels, etc.
KOE: Tout cela est faux. Basri a été mon collègue, comme beaucoup d'autres ministres. Pendant 17 ans, j'étais ministre de feu Hassan II. Je n'étais pas le collègue du seul Basri mais des plus grandes personnalités du royaume. Cette phase fait partie de la page qui a été tournée le 15 mars et je ne veux pas y retourner

Source:Le Journal hebdomadaire
-Actualité concernant la question du Sahara occidental -

 

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