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samedi 24 février 2024
 
 
 
Dossiers

Dans le dossier qui suit, il y a d’abord un compte rendu sur les idées que M. Peter Van Walsum a défendu lors de la réunion du Conseil de sécurité, du lundi 21 avril 2008. Il y a d’autre part les principales réactions que son propos a suscitées chez les principaux membres du Conseil de sécurité et l’avis d’un expert du dossier du Sahara.



M. Peter Van Walsum : L’indépendance du Sahara n’est pas une option réaliste

L'Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, M. Peter Van Walsum, a déclaré, lundi devant le Conseil de sécurité, que "l'indépendance du Sahara occidental n'est pas une option réaliste", appelant les quinze à recommander la poursuite des négociations en tenant compte de la réalité politique et de la légalité internationale.

"J'ai senti le besoin de réitérer cette conclusion que l'indépendance du Sahara occidental n'est pas un objectif réalisable", car il semble, a-t-il dit, que cette conclusion aurait été éclipsée durant les pourparlers de Manhasset alors même que ce constat, "aujourd'hui encore pertinent, se trouve à l'origine du processus de négociations en cours".

Dès le départ, a rappelé l'Envoyé personnel, dans un compte rendu dont la MAP a obtenu copie, "j'ai mis l'accent sur la nécessité du respect de la réalité politique parallèlement au respect de la légalité internationale", ajoutant que ce qui importe est de parvenir à un compromis entre les deux concepts.

"Je n'accepte pas l'idée selon laquelle la prise en compte de la réalité politique constitue une concession ou une capitulation", a-t-il poursuivi lors de ces consultations à huis clos.

Le Secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, avait, rappelle-t-on, invité, dans son dernier rapport, les parties à faire preuve de réalisme et d'esprit de compromis.

Par ailleurs et dans une allusion claire à l'implication directe de l'Algérie dans le conflit du Sahara, M. Walsum attribue la persistance de l'impasse au fait que de nombreux pays trouvent assez confortable le statu quo du moment qu'il leur "épargne l'obligation de faire des choix pénibles, comme prendre parti pour l'Algérie ou pour le Maroc".

"La principale raison pour laquelle je trouve intolérable le statut quo est qu'il est trop aisément accepté, non pas seulement par des spectateurs non engagés des pays lointains, mais aussi par les partisans inconditionnels du Front Polisario, qui n'ont pas vécu eux-mêmes dans les camps, mais qui sont convaincus que ceux qui y vivent préfèreraient y rester indéfiniment au lieu d'opter pour une solution négociée en deçà de l'indépendance totale", a-t-il dit.

Evoquant le processus de négociations, M. Walsum a rappelé que les quatre derniers rounds de pourparlers n'ont pas permis d'engager de véritables négociations et que "le processus se trouve dans l'impasse en dépit d'un accord sur un 5ème round", estimant que "ce qu'il faut, c'est une orientation plus claire de la part du Conseil lui-même". "Si le Conseil ne peut faire un choix, les parties ne le peuvent pas non plus", a-t-il insisté.

Pour débloquer la situation, M. Walsum suggère ainsi au Conseil de sécurité de demander aux parties de réaffirmer leur accord de principe que "rien n'est convenu tant qu'il n'y a pas d'accord sur tout".

Il propose également qu'à "titre provisoire (par exemple pour six à neuf mois) de retirer de l'agenda des négociations les deux propositions", de négocier, cette fois réellement, sans conditions préalables, mais sur "la base de l'hypothèse provisoire qu'il n'y aura pas un référendum avec l'indépendance comme option, et que par conséquent, l'issue sera forcément en deçà de l'indépendance totale".

En outre, poursuit-il, "le Conseil pourrait annoncer son intention d'évaluer le processus à la fin de cette période d'essai".

"Si, à ce moment, il (le Conseil) perçoit les contours d'une éventuelle solution politique, il peut décider de prolonger la période d'essai, sinon, le statu quo ainsi que les positions incompatibles des parties reprendront de facto", a-t-il dit.

Dans son dernier rapport, rendu public mercredi à New York, M. Ban Ki-moon a appelé les parties en négociations sur le Sahara au réalisme et au compromis.

Il a ainsi recommandé au Conseil de sécurité, sur la base du quatrième round des pourparlers et de l'appréciation de son Envoyé personnel, de réitérer l'appel aux parties "d'engager une phase de négociations plus intenses et portant davantage sur les questions de fond" et sans conditions préalables.

Les quinze devront se réunir une nouvelle fois le 29 avril courant pour adopter une résolution prorogeant le mandat de la MINURSO.

A l'issue du 4ème round des négociations sur le Sahara, en mars dernier, les parties se sont engagées à poursuivre leurs pourparlers à Manhasset à une date à déterminer d'un commun accord.

Des délégations du Maroc, du Polisario, de l'Algérie et de la Mauritanie ont pris part aux quatre rounds des pourparlers, tenus sous l'égide des Nations Unies, conformément aux résolutions 1754 du 30 avril et 1783 du 31 octobre 2007 du Conseil de Sécurité.


Porte-parole de l'ONU : "Il n'y a aucune contradiction entre les rapports" de M. Ban Ki-moon et de son Envoyé personnel

"Il n'y a aucune contradiction entre les rapports de M. Ban Ki-moon et de son Envoyé personnel pour le Sahara, M.Peter Van Walsum", présentés en début de semaine au Conseil de sécurité, a réaffirmé, mercredi, la porte-parole du Secrétaire général de l'ONU, Mme Michèle Montas.


M. Walsum, "dispose d'une marge de manoeuvre, en tant que facilitateur, pour pouvoir diriger les négociations" sur le Sahara, a de nouveau réitéré Michèle Montas, rappelant que "cela fait partie de son mandat".

A la question de savoir si le Secrétaire général de l'ONU, M. Ban ki-moon ne partageait pas le point de vue de son Envoyé personnel qui juge "irréaliste" et "irréalisable" l'option de l'indépendance pour le Sahara, la porte-parole a rétorqué: "je n'ai pas dit cela".

"Le Secrétaire général de l'ONU ne voulait simplement pas interférer et donner une opinion sur les négociations en cours, il a laissé cette tâche au facilitateur, son Envoyé personnel pour le Sahara, M. Van Walsum", a-t-elle expliqué.

Ces propos, on ne peut plus clairs de la porte-parole de M. Ban ki-moon, apportent un autre démenti cinglant aux allégations colportées par l'ambassadeur sud-africain à l'ONU, Dumisani Kumalo, qui prétend qu'il existe une "contradiction" entre MM. Ban ki-moon et son Envoyé personnel, outrepassant ainsi ses attributions de président du Conseil pour le mois en cours.

Réagissant aux déclarations du diplomate sud-africain, la porte-parole du Secrétaire général avait déjà affirmé mardi que M.Van Walsum est habilité en sa qualité de facilitateur des négociations sur le Sahara, à présenter au Conseil de sécurité ses propres conclusions et suggestions pour sortir ce dossier de l'impasse.

Les représentants des Etats-Unis et du Royaume Uni, rappelle-t-on, ont salué le travail accompli par M. Van Walsum, affirmant que ses idées et suggestions "méritent d'être sérieusement prises en considération".

L'Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, qui intervenait lundi devant le Conseil de sécurité, avait affirmé que "l'indépendance du Sahara occidental n'est pas une option réaliste".

Il a en outre appelé les quinze à recommander la poursuite des négociations en tenant compte de la réalité politique et de la légalité internationale, se joignant ainsi à l'appel du Secrétaire général qui recommande réalisme et esprit de compromis pour régler ce différend régional.

Par ailleurs, et dans une allusion claire à l'implication directe de l'Algérie dans le conflit artificiel sur le Sahara, M. Walsum a attribué la persistance de l'impasse au fait que de nombreux Etats trouvent assez confortable le statu quo du moment qu'il leur "épargne l'obligation de faire des choix pénibles, comme prendre parti pour l'Algérie ou pour le Maroc".

"La principale raison pour laquelle je trouve intolérable le statu quo est qu'il est trop aisément accepté, non pas seulement par des spectateurs non engagés des pays lointains, mais aussi par les partisans inconditionnels du Front Polisario, qui n'ont pas vécu eux-mêmes dans les camps, mais qui sont convaincus que ceux qui y vivent préfèreraient y rester indéfiniment au lieu d'opter pour une solution négociée en deçà de l'indépendance totale", avait-il dit.


Expert : "Peter Van Walsum est arrivé à une conclusion courageuse et lucide"

Le directeur de l'Observatoire d'études géopolitiques (OEG), Charles Saint-Prot, a souligné mardi la lucidité et le courage des propos exprimés, lundi devant le Conseil de sécurité, par l'Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara, M. Peter Van Walsum.

"Peter Van Walsum, qui a acquis une grande expertise dans ce dossier, est arrivé à une conclusion courageuse et lucide à savoir que l'indépendance du Sahara n'est pas une option réaliste", a déclaré M. Saint-Prot dans un entretien à la MAP.

"Au vu de cette conclusion qui est indéniable, il est clair qu'une solution définitive à cette question passe par le projet d'autonomie proposé par le Maroc", a-t-il affirmé, ajoutant que cette initiative est le "seul cadre de négociation possible et c'est la seule solution réaliste".

Pour Charles Saint-Prot, "nous savons très bien que cette crise est une affaire qui oppose l'Algérie au Maroc. Le Polisario n'étant qu'un vague faire-valoir de l'Algérie dans cette histoire".

Selon le directeur de cet Observatoire, basé à Paris, "il est temps que la communauté internationale fasse preuve de courage et dise "ça suffit". Quitte à froisser l'Algérie dont la position est erronée sur cette affaire", a-t-il dit.

"Il faut que les autorités algériennes aient le courage d'admettre que leur position est devenue obsolète, que cette affaire est dépassée et que la stratégie des années 70 n'est plus valable aujourd'hui", a insisté M.Saint-Prot.

Pour cet expert, "il s'agit pour l'Algérie comme pour les autres pays du Maghreb d'aller vers le progrès et vers plus d'intégration économique afin de répondre aux défis du monde moderne et non de s'accrocher à des choses qui n'ont plus aucun sens".

Appelant l'Algérie à faire son "aggiornamento idéologique", il a souligné que les autorités algériennes doivent avoir le "courage de revoir leur stratégie qui ne doit plus être celle de s'opposer au Maroc mais de coopérer" avec lui.

Relevant l'urgence de sortir de l'impasse actuelle, Charles Saint-Prot a fait remarquer "combien cette impasse est dangereuse et nuisible pour la stabilité et la sécurité de la région, et pour la construction d'un grand Maghreb qui est une nécessité à l'heure de la mondialisation".

"Il est temps de mettre un terme à cette affaire qui n'a que trop duré. Le Maroc a des droits historiques et juridiques sur le Sahara. Ce sont des faits et le reste n'est que manipulation", a-t-il fait valoir.

Pour le directeur de l'OEG, "On a fait +monter la sauce+ autour de cette question au-delà de toute mesure. Une solution dans le cadre du respect des droits du Maroc est la seule possible".

"Ne l'oublions pas: c'est le Maroc qui a été agressé et lésé. N'inversons pas les rôles", a-t-il dit, avant d'ajouter que la guerre froide est une "époque bien révolue".

"Les autorités algériennes doivent avoir le courage de reconnaître cette réalité. Il n'y a rien de honteux à reconnaître non seulement que toute cette affaire est une aberration mais qu'il est surtout temps de tourner la page.

L'Algérie aura tout à y gagner", a estimé Charles Saint-Prot, qui sera l'invité mercredi de l'Institut marocain des relations internationales pour animer une conférence sur le Sahara.


Petit bonjour : Chronique de Khalil Hachimi Idrissi

Peter van Walsum vient d’imprimer à la vulgate onusienne sur le Sahara un vrai tournant historique. Le paradigme : autodétermination égale indépendance, est, désormais, battu en brèche par une idée forte, et partagée, qu’est l’autonomie démocratique.

Ce qui se disait en catimini, dans toutes les chancelleries sérieuses du monde, vient d’être formulé d’une manière explicite, non équivoque, par cet honorable diplomate batave.

Il a estimé que l’indépendance du Sahara occidental n’est pas un objectif réaliste. Le fait que nos idées aient prospéré devrait nous inciter à plus de responsabilité et à davantage d’exigence morale. Qu’offrons-nous ? Un modèle régional démocratique, une autonomie moderne et avancée, pour solutionner pacifiquement un conflit factice à caractère tribal et territorial. Sans, d’ailleurs, que la tribu, ou les tribus en question, et le territoire contesté ne se recoupent historiquement et légitimement. C’est avec cette idée que le Maroc a fait mouche.

Mais, seule, cette idée n’aurait pas été crédible sans une posture nationale, globale et volontariste, — même si des efforts sérieux restent à faire — «sincèrement» tournée vers la démocratie, le pluralisme, les droits de l’Homme, la liberté d’expression, l’Etat de droit, la justice transitionnelle, la nouvelle Moudawana, les nouveaux droits amazighs, etc.

L’on voit bien que c’est un tout. Les adversaires de l’intégrité territoriale du Maroc n’ont pas vu — et c’est là leur erreur stratégique — que la proposition d’autonomie était le produit honnête, sinon elle n’existerait pas, d’un projet démocratique d’ensemble. Et c’est cette démarche globale que la communauté internationale soutient aujourd’hui.

PS : Lire absolument l’excellent livre du professeur émérite Abderrahmane El Ouali qui vient d’être publié sur la question de l’autonomie au Sahara. C’est tout simplement le texte le plus érudit, le plus documenté, et le plus intelligent sur la question depuis 35 ans. C’est dire.

Source: Corcas
- Actualité concernant la question du Sahara occidental/Corcas -

 

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